Nos tempêtes intérieures
- Sophie Bilodeau
- 3 nov. 2019
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 5 nov. 2019

Les vents se sont déchainés vendredi. Dans ma ville, plusieurs arbres se sont déracinés, des toitures se sont soulevées. Pour certains il s’agit littéralement d’une épreuve à traverser, des coupures de courant, des bris à la demeure…Tandis que pour d’autres, il s’agit de signes, de symboles, nous menant vers une plus grande compréhension de nos propres tempêtes intérieures. L'observation et le contact avec la Nature est certainement l'une des meilleures pratiques méditatives qui soit. Elle peut transmettre de grandes leçons de vie à ceux qui savent la sonder.
Parfois, le vent souffle à l’intérieur de nous et nous ignorons ses signes, nous le contenons, nous l’isolons et nous poursuivons notre quotidien comme si de rien n’était…
Ces jours de tempêtes nous remémorent toutes ces petites et grandes fois où nous avons ravalé nos colères, nos déceptions.
Les sagesses anciennes déjà enseignaient l’importance du souffle. Lorsque le souffle demeure bloqué dans le corps, c’est tous nos mécanismes relationnels qui se retrouvent scindés. Il s’agit la plupart du temps d’une émotion, un choc, qui s’est installé dans un endroit particulier du corps.
"La parole est toujours en retard sur le coeur."
Edouard Pailleron
Ceux qui pratiquent le yoga depuis un certain temps, savent que parfois la pratique d’une posture apporte un soulèvement d’émotions. L’endroit où celles-ci ce sont logées dans le corps, à l’aide du travail corporel et du souffle, se trouve soudainement soulagé. Et arrive un déchainement émotionnel inattendu.
Le souffle est intrinsèquement lié à la prise de parole. La prochaine fois que vous verrez ici une branche cassée, là, un arbre déraciné ou encore une toiture arrachée, songez aux fêlures dans votre vie et à la façon dont vous les gérez, avant que le vent ne s’en prenne à vos entrailles, qu’il ne se déchaine et dévaste toutes vos relations.
"Que ta parole soit impeccable."
Les 4 accords toltèques, Don Miguel Ruiz
Pour les Dogons, sans la parole nous sommes nus. Dans leur langue, le mot tissu veut dire « c’est la parole » donc être nu c’est être sans parole. Dans leur tradition, porter une tunique tissée symbolise de se couvrir de la parole du 7e ancêtre. Le 7ème ancêtre se métamorphosait en métier à tisser pour communiquer la parole aux hommes. Il crachait de sa bouche 80 fils de coton et par le mouvement de va-et-vient de sa mâchoire, l'ancêtre recréait le mouvement des lisses du métier. Il parlait ainsi tout en tissant… Ce même rapprochement entre " tissu " et " parole " existe aussi dans la langue française puisque les mots " texte " et " textile " ont la même racine.
Avec le souffle du vent survient son lot de bénéfices aussi. Lorsque nous permettons au souffle Sacré de circuler librement à l'intérieur de nous, nous conservons notre force d'amour et de rayonnement, nos racines se fortifient. Des changements nécessaires sont apportés, un nettoyage bénéfique est mis en place. Plusieurs plantes comptent sur le vent pour assurer la dispersion de leurs graines. Ces graines qui assureront la germination d’un monde renouvelé, à condition que le souffle soit bien dosé et dirigé. Reprendre parole dans certains contextes demande parfois de l’audace et du courage. Soignons seulement la façon dont nous voulons porter cette parole…
"Élève tes mots, pas ta voix. C’est la pluie qui fait grandir les fleurs, pas le tonnerre."
Rumi







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