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La belle au bois dormant: À la conquête de la puissance Divine

Dernière mise à jour : 30 mars 2020

Partie 2


La femme dans les Contes et la Mythologie

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artiste: Adriana Hristova



«Quand une femme prend la décision d'abandonner la souffrance, le mensonge et la soumission. Quand une femme dit du fond de son coeur: "Assez, me voilà." Ni mille armées d'ego ni tous les pièges de l'illusion ne peuvent l'arrêter dans la recherche de sa propre vérité.
Clarissa Pinkola Estès


Dans la tradition patriarcale, l’image archétypale de la femme a été mise au second rang alors que dans les civilisations antérieures elle tenait un rôle de premier plan. Ainsi, encore de nos jours, l’Anima de l’homme se retrouve non seulement négligé jonglant avec ses propres paradoxes, mais la femme devient également incertaine du rôle qu’elle doit tenir. Ainsi, par exemple, des femmes choisissent de tenir des rôles conservateurs de parfaite maitresse de maison ou sacrifient tout pour leurs enfants dans la plus pure tradition tout en se sentant incomplètes alors que d’autres font tout comme les hommes, s’identifiant totalement à leur Animus, nourrissant les valeurs masculines, mettant à l’avant plan leur carrière et leurs ambitions et sacrifiant leur vie sentimentale. Les militantes féministes n’y ont pas échappé.



C’est ici que l’analyse des contes devient intéressante. Dans les contes tout comme dans les mythes, d’un point de vue psychologique, les personnages féminins n’ont rien d’ordinaire comme nous l’avons souligné plus tôt. Ils sont chargés d’une forte émotion et d’un sens du sacré pour la personne qui le lit ou l’écoute. Ils ne représentent ni l’Anima ni la femme mais les deux l’un étant, en alternance, plus dominant que l’autre. Chacun y trouvant les significations dont il a besoin pour son évolution intérieure.



Dans la Belle au bois dormant, il n’est pas question seulement d’une princesse dans l’attente d’une délivrance opérée par un tiers masculin, mais bien d’une femme en gestation de son propre pouvoir Sacré de naissance, lui permettant d’aller de l’avant malgré les obstacles mis devant elle. D’autre part, le prénom Aurore renvoie à la mythologie où les prénoms de référence à « la luminosité, aux Astres, à ce qui est au-dessus, plus grand que Nature et qui répond à nos prières » étaient communs. Elle prend déjà l’allure de la Déesse-Mère qui manquait alors cruellement à la chrétienté. Le prince symbolise l’équilibre masculin/féminin retrouvé chez la princesse. La belle Aurore, plongée dans son sommeil de cent ans, vit un temps d’attente, d’introspection, de connexion « obligé » avec ses rêves (et donc avec sa psyché) qui lui permet de libérer (symbolisé par l’arrivée du prince amoureux) la femme puissante en elle et, ainsi, accéder à ses souhaits les plus chers. Nous n’avons aucune idée de ce qui se passe réellement en elle pendant ces cent années. C’est là que réside tout le mystère de la psyché !



« Votre vision ne devient claire que lorsque vous pouvez regarder dans votre cœur. Celui qui regarde à l’extérieur rêve. Celui qui regarde à l’intérieur s’éveille. »
Carl G.Jung

De plus, la fée-marraine symbolise la nourrice, le pouvoir féminin dans sa pleine capacité, qui dirige les forces surnaturelles. Les plantes c’est la vie qui suit son cours, les ronces symbolisent l’attachement, la prison. Tout comme la nature florissante, la chevelure de la belle pousse en abondance. Les cheveux sont source d’énergie spirituelle. Plus la chevelure est abondante plus elle révèle le pouvoir divin de la femme. Pensez-y lorsque vous rêvez que l’on s’intéresse de trop près à votre chevelure ou pire, qu’on vous la coupe!




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D’autre part, la chambre ainsi que le lit paré des rideaux engloutissent la conscience, le secret. Pendant le rêve, nous continuons de voyager. Le conte nous rappelle l’importance de réfléchir, d’analyser nos rêves et même nos cauchemars, de faire face à notre ombre, de plonger à l’intérieur de soi pour mieux y puiser nos ressources profondes. Nous pouvons aussi voir la jeune fille dans une position de recueillement et de prière. Qui sait ce que l’âme peut invoquer lorsqu’elle se retrouve ainsi prisonnière?


Nous aussi pouvons êtres incarcérés, capturés, délivrés, rédimés, nés à nouveau, et nous vivons la résurrection, tout cela en un seul émerveillement : celui de la Mère-Cœur. Puisse-t-il en être ainsi pour nous tous.
Clarissa P.Estès

Parallèlement, lorsque le prince cherche à percer le mystère entourant la princesse, il va en réalité, à la rencontre de sa propre intuition. À partir du moment où il décide de traverser le mur de ronces, malgré l’aura de danger qui tourne autour du château, il démontre ses qualités exceptionnelles. Plusieurs autres princes sont morts cruellement avant lui et il décide de prendre ce chemin malgré tout. Nous pouvons supposer que la psyché de la jeune fille a pris la maturité nécessaire à cette rencontre spirituelle. Miraculeusement, les ronces prennent devant lui l’aspect de magnifiques fleurs qui s’écartent et lui laisse le passage. Nous ne pouvons ici que songer à la virginité de la jeune fille. Malgré la mort apparente de tout le château avec son ambiance lugubre, il poursuit son chemin sans se décourager ni même prendre peur. Il sait parfaitement faire face aux aspects sombres qui se présentent à lui. Ainsi, il retrouve la jeune femme, la déesse, dans toute sa splendeur et sa puissance retrouvée. C’est la prise de pouvoir de l’Amour sur le Monde. La vie reprend subitement dans tout le château s’harmonisant parfaitement avec la vie intérieure de la Belle. À son réveil, lorsqu’elle assume son plein potentiel, est la représentation du féminin Sacré. Les qualités dont fait preuve le prince font aussi référence au masculin Sacré. Sur le plan spirituel, il s’agit d’une véritable nourriture pour l’âme.Les deux êtres réunis forment ensemble la parfaite incarnation du Masculin et du féminin Sacré.


"On a deux vies, et la deuxième commence quand on se rend compte qu'on n'en a qu'une."
Confucius

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Les sagesses anciennes, l’astrologie, entre autres, reconnaissaient la nature lunaire de la femme, connectée à son intériorité, avec sa nature fluctuante et ses cycles opérant. Alors que l’homme était plutôt reconnu pour son appartenance au Soleil, sa nature était de se mettre en action, avec volonté dans une direction précise et continue. Il est donc naturel, dans la plupart des Contes de fées, de voir un homme (un prince, un chasseur ou un bûcheron) en tant qu’Animus afin de permettre la mise en action de la princesse. D’ailleurs, le confucianisme et le taoïsme, suivant les principes du Yin et du Yang, mettent en lumière ces deux principes, qui en apparence opposés sont en fait complémentaires. Dans la philosophie chinoise, on peut retrouver dans l'ensemble des aspects de la vie et de l'univers le yin et le yang. La dualité vue sous forme de complémentarité est caractéristique de la pensée orientale.



Le féminin et le masculin Sacré tel que décrits dans les textes d’inspiration spirituelle modernes, sont en fait basés sur ces vieux principes de sagesse. Le féminin tout comme le masculin sacré représentant l’équilibre de la psyché qui accepte et collabore avec son Animus ou son Anima.



À l’époque actuelle, le féminin sacré tout comme le masculin sacré est souvent endormi en nous, plongé dans un état de sommeil tout comme celui de la Belle au bois dormant. Ne pas être dans son féminin ou son masculin sacré, c’est refuser ou ne pas savoir qui on est en tant qu’êtres spirituels. Nous refusons ou ne sommes pas toujours en mesure d’accéder à ce savoir, par manque de repères ou de guides. Nous vivons à une époque éclectique, avec une multitude de religions, d’idées et de croyances qui peuvent nous soutenir ou nous égarer dans nos démarches. Se ramener à sa Nature Sacrée, c’est plonger à même son intuition, cheminer spirituellement et savoir faire fi des prêcheries et des dogmes religieux.


Nous nions ce qui est éternel chaque fois que nous nions nos propres profondeurs…soyez passionnés, soyez saints, soyez farouches, soyez irrévérencieux, pour rire et pleurer jusqu’à ce que vous réveilliez les esprits dormants, jusqu’à ce que le fondement de votre être se fende et que l’univers y entre à flots.
Geneen Roth, traduction libre de Appetites : On the Search for the True Nourishment



Ainsi, les caractéristiques du féminin Sacré sont liées à l’intelligence émotionnelle tel que l’intuition, la compassion et la sensibilité, la créativité, la capacité de soigner. La femme qui est dans son intelligence Sacré est spirituelle et a compris la complémentarité du féminin et masculin divin. Elle ne cherche pas à entrer en compétition avec les autres femmes, aime son corps sans besoin d’être validée. Elle sait que sa valeur n’est pas liée à sa sexualité, n’a pas peur de perdre son pouvoir en cultivant ses qualités féminines, se préoccupe des autres et a une vision globale des impacts de ses actions dans le monde.



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Dans l’équilibre des polarités, le masculin sacré n’a pas besoin de démonstrations de force, il défend mais ne violente pas, il est responsable dans ses actions mais n’hésite pas à se faire présent auprès de ses enfants et de sa famille. Il est généreux et protège les plus faibles. Il est une figure d’autorité non abusive. Il fait preuve de rationalisme tout en étant capable de sensibilité. Il est en constante recherche d’évolution. Le pôle masculin représente également l’abondance, qui n’est pas uniquement matérielle.


Les gens sont comme des vitraux. Ils brillent lorsque le soleil est levé, mais lorsque l’obscurité s’installe, leur vraie beauté n’est révélée que si une lumière brille de l’intérieur.
Elizabeth Kubler-Ross

Si je m’étends ici sur les qualités du féminin et du masculin Sacré c’est pour démontrer que si des hommes se sont autant intéressés à la réécriture de ces contes, c’était non seulement pour s’approprier une certaine gloire (ils étaient issus de leur époque) mais c’est aussi par qu’ils savaient apprécier la qualité d’une œuvre. Une part d’eux, leur âme, avait saisi l’importance du message. Cela répondait assurément à un certain besoin d’équilibre en eux.

Peut-être que les hommes ressentaient également une part de Nostalgie vis-à-vis de la perte de la Déesse-Mère? Si l’Ancien Testament est le premier livre sacré à ne faire intervenir aucune divinité féminine, si la chrétienté a relégué la Vierge Marie au second rang, les contes de fées eux l’ont remise au goût du jour et ont cherché à se réapproprier la part Divine féminine disparue dans l’histoire collective. On ne peut tromper la psyché, elle trouve toujours son chemin.



Références:

The Bee and the orange Tree, Melissa Ashley, Affirm Press, 2019, 384 p.

Psychologie de l'inconscient, Carl Gustav Jung, Le livre de poche, 1996

La femme dans les contes de fées, Marie-Louise Von Franz, Albin Michel, 2016


 
 
 

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