Jésus, la naissance du fils de la Déesse
- Sophie Bilodeau
- 14 déc. 2019
- 7 min de lecture
Dernière mise à jour : 30 mars 2020

Madonna and Child, créé par Parker Fitzgerald, basé sur les Manuscrits enluminés Irlandais qui ont survécus au Moyen-Âge, à l'époque des premiers Chrétiens- "Book of Kells"
Cela devient assez connu, pour qui s'y intéresse, que Noël a été instauré afin de remplacer une fête païenne, Yule, qui soulignait le retour de la lumière. Ce qui est moins connu est que ce subterfuge s’est inscrit dans la foulée de la lente mort de la Déesse-Mère, qui régnait aux côtés du Dieu-Père dans une complète égalité. En effet, les pouvoirs en place cherchaient déjà depuis un certain temps à détrôner la Déesse, à la cacher dans un fond de tiroir afin qu’elle tombe dans l’oubli. Et ils ont bien réussi. Marie est devenue en quelque sorte la subalterne de son fils, qui était auparavant aussi l’amant de la Déesse, son alter-ego. Un drôle de mélange, me direz-vous! Mais les mythes ont toujours relaté des histoires plus grandes que Nature et elles avaient le mérite de conserver le caractère sacré de la Vie. Techniquement, il leur fallait bien mettre un peu d’ordre, de décence dans tout ça, la chrétienté ne l’aurait pas toléré bien sûr. Cela s’inscrivait bien dans la montée du patriarcat. Mais ce qui m’intéresse ici c’est également le statut de Vierge qui a été conféré à la Mère de Dieu fait homme. Au fil de mes recherches j’ai fini par trouver le véritable sens du terme Vierge utilisé :
« Les prêtresses de la lune ancienne ont été appelées vierges. " Vierge " ne signifie pas marié, n'appartient pas à un homme - une femme qui était " une-en-elle-même Le mot même provient d'une racine latine signifiant force, compétence ; et a ensuite été appliqué aux hommes : virle. Ishtar, Diana, Astarté, Isis étaient toutes appelées vierges, ce qui ne faisait pas référence à la chasteté sexuelle, mais à l'indépendance sexuelle. Et tous les grands héros de la culture du passé..., mythiques ou historiques, ont été dit nés de mères vierges : Marduk, Gilgamesh, Bouddha, Osiris, Dionysos, Genghis Khan, Jésus - ils ont tous été affirmés comme fils de la Grande Mère, de l'Original One, leur pouvoir terrestre dérivant d'elle. Quand les Hébreux ont utilisé le mot, et dans l'araméen original, il voulait dire " jeune fille " ou " jeune femme sans connotation à la chasteté sexuelle.
-Monica Sjoo, la grande mère cosmique : Redécouvrir la religion de la terre
Nous savons dorénavant que la tradition de Noel a été empruntée au Solstice d'hiver qui, au-delà des archétypes, soulignait le retour du Soleil et des jours qui se rallongent, tout en demeurant dans une attitude d’attente et de repos, jusqu’au réveil de la Nature au Printemps. C’est une fête enracinée dans la terre, qui nous rappelle l’importance de la Terre-Mère qui contribue à nous nourrir, à nourrir la Vie. En ce sens, Jésus est le tributaire de cette tradition. Il est le symbole de la nourriture, celle du corps et celle de l’âme.
C’est pour cette raison qu’à mes yeux, sur le plan symbolique, il importe aussi de remettre à sa place légitime la fonction Créatrice de Marie, la mère de Dieu fait homme puisque la maternité a, dès les débuts de l’humanité symbolisé la nourriture de la terre. Alors que toute l’attention est portée sur la naissance du Messie, Marie est le symbole de l’être entier. Sans Marie, point de naissance et sans naissance point de sauveur. C’est le Yin et le Yang, la force de l’équilibre, opposées mais complémentaires. Marie est quasiment absente du Nouveau-Testament alors que la Déesse-mère avait une place prédominante auparavant. Jésus et Marie, ce sont les personnifications du Dieu et de la Déesse mais, dans ce cas-ci, dans la tradition chrétienne, la figure de Jésus a pris une longueur d'avance!
Tout comme nous l’avons vu dans les cycles de la femme, les mythes des Origines de la Vie représentent la femme sous les cycles de la lune avec tour à tour la figure de la Vierge, de la Mère, la Grand-Mère et l'Enchanteresse. Vint un jour, où pour des raisons politiques les hommes prirent une logique guerrière, avec des visées de conquête et d’exploitation financières. La culture de solidarité et d’entraide qui avait toujours existé s’en vue renversée devant ce changement de mentalité. C’est ainsi qu’on remplaça la Terre-mère (fertilité) et qu’on la relégua au second rôle dans les histoires. L’homme étant celui qui répand la semence. La femme fut tenue à l’écart de tout ce qui se passait dans le Monde, on la relégua au foyer avec les enfants, à s'occuper de traiter la nourriture et non plus à la créer ou, pire encore, en tant que prostituée, en désacralisant la sexualité, devenant ainsi l’emblème de la tentation et du péché.
L’histoire de Jésus aurait pu redonner le lustre d’antan à la Déesse puisque son histoire relate le profond respect qu’il ressent envers les femmes de son entourage, de sa propre mère Marie en passant par Marie-Madeleine la prostituée. Le message de Jésus s’élevait au-dessus des dogmes et élevait l’amour au premier rang. C’est pour cela qu’il dérangeait autant les religieux de l’époque. Pourtant ce simple message et si central dans toutes son histoire en est venue à se perdre dans l’établissement d’une autre religion qui, en son nom, a élevé encore une fois nombre de dogmes et de règles insensées, faisant perdre à ses adeptes leur nature intuitive, qui est pourtant un droit de naissance.
A quoi ressemblait le christianisme du vivant de Jésus et lors des premiers temps? Ce n’était pas du tout le christianisme actuel. Jésus étant essénien à la base, par le fait même gnostique. Il prônait de chercher ses propres vérités, c’est en cela qu’il était un prophète. Mais l’humain étant ce qu’il est, c’est-à-dire souvent paresseux, il cherche la plupart du temps son salut chez un autre plutôt qu’en lui-même. La recherche d'un Messie, un sauveur est vaine puisque nous sommes les seuls à être en mesure de reprendre le flambeau de notre pouvoir. C’est pourtant ce que l’histoire de Jésus, calquées sur tous les textes sacrés d’avant, tendaient à nous faire connaître.
Très souvent, nous abandonnons notre pouvoir même si la structure ne nous l'enlève pas. Ou bien nous demandons la permission de le prendre - en nous mettant dans une position de dépendance infantile au lieu d'assumer notre droit et notre autorité à prendre des décisions.
Petite, l’histoire de Jésus m’intéressait au plus haut point. Je ne compte plus sur mes doigts le nombre de fois où j’ai pu visionner le film qui passait à la télévision durant Pâques. C’est une histoire fascinante, il n’y a aucun doute à ce sujet.
L’histoire de Jésus c’est l’histoire d’une intimidation collective. Le péché qui est soi-disant lavé, c’est celui de ses persécuteurs. C’est ce que l’Église, construite à partir de cette histoire a voulu nous faire croire.
Il y a toujours plusieurs niveaux de significations à une histoire.
À mes yeux, l’histoire de Jésus est bien plus le récit de la survie de l’âme, suite aux persécutions qu’il a subies.
La résurrection de Jésus, c’est accepter que l’inacceptable ait pu faire partie de notre vie sans se laisser mourir pour de bon, c’est tourner la page et revivre aux yeux de ceux qui le méritent vraiment. Car tous ne sont pas en mesure de revoir Jésus ni de le côtoyer après sa résurrection. Pour bien des gens, cela demeurera un mystère.
Alors que Jésus faisait face à la trahison et qu’on salissait sa réputation, il a tendu l’autre joue…car c’est ce que font certaines personnes, celles qui ne trouvent aucun plaisir dans le combat. Elles attendent simplement qu’on leur donne la mort. De toute manière, même s'il avait cherché à la fuir, le persécuteur possède son armée qui réussit forcément, à l'aide d'un traître ou d'un autre, à le trouver et le ramener à sa prison. C'est ce qui arrive dans certains cas, on ne peut y échapper. Puis, elle survient. La mort. Jésus la voit arriver, fatalement, avec anxiété, mais l’accepte, telle une nécessité.

Masaccio, peintre Italien, 15e siècle
Heureusement, lorsque l’on meurt à soi-même, l’âme renaît. Même si le corps et le cœur se meurent, une résurrection survient. Des Maries viennent sécher notre front, panser nos blessures et nous réconforter, terminer notre complétude, veiller à notre transformation. La résurrection n’est toujours pas visible mais elle est inéluctable. Et, dans la communauté et au sein de notre entourage, il y a un éveil, parfois un peu brutal, selon le degré de conscience de la personne qui observe l'histoire. Et lorsque le jour survient, la renaissance inespérée, celle que nous n’attendions même pas nous-mêmes, des gens se réjouissent de notre réveil, ils fêtent cet événement dans leur cœur et propagent la bonne nouvelle. Alors que nous avons enfin compris que nous avons la permission de poursuivre notre route, que nous sommes plus fort que notre passé…nous pouvons enfin laisser briller notre lumière, aussi minuscule soit-elle.
Le temps des fêtes est ainsi un moment de réflexion sur la place qu’occupent réellement nos proches dans notre cœur, de la présence qu’ils occupent en réalité auprès de nous : sont-ils en phase avec notre sensibilité, nos préoccupations? Font-ils mine de se préoccuper de nous ou sentons-nous un réel intérêt de leur part (et vice versa)? Nous sentons-nous éteindre, affamer en leur compagnie? Qui a vraiment sa place dans notre Vie et laisse place réellement à notre lumière?
Pour ma part, j’ai pris mes distances, depuis quelques années déjà, d’avec la folie furieuse des fêtes où tout le monde s’épuise à satisfaire aux exigences des traditions et des attentes d’autrui. Je me suis (trop) longtemps laissée emportée par les exigences des fêtes sans trop y prendre plaisir, me demandant quel sens donner à tout ça. Je tends de plus en plus vers des rituels signifiants et nourrissants pour ma famille tout en me permettant des temps de pause.
En somme, cessons de nous contraindre dans les diktats, à suivre des règles désuètes issues d’histoires trafiquées dans un but de domestication. Gardons en tête que l'histoire de Jésus, malgré toute sa beauté est avant tout une histoire humaine et rappelons-nous le véritable sens de cette histoire. Délaissons les dominations extérieures et intérieures, les dogmes et les croyances cherchant à nous contraindre de suivre des traditions dépassées, sans aucune signification pour nous. Évitons de mourir à petit feu. Dénichons la nourriture appropriée pour nous et nos proches. Apprenons à respecter notre zone de liberté et de plaisir à travers tout ça, sans nécessairement tout jeter à la poubelle. Trouvons notre véritable place en ce monde, notre lumière, et si cela doit se faire alors ressuscitons...
références:
- Avant les Dieux, la Mère universelle, Françoise Gange, Éditions Alphée, 2006, 442 p.
- La femme dans l'histoire et les mythes, Jean-Paul Roux, Éditions Fayard, 2004, 426 p.
- Quand Dieu était femme, Merlin Stone, Éditions l'Étincelle, 1980, 350 p.
- La Grande Déesse-Mère, Shahkrukh Husain, Albin Michel, 1998, 183 p.






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